La Société des Régates Rennaises dans la guerre

Publié le par Société des Régates Rennaises - Aviron

La Société des Régates Rennaises dans la guerre

A l'occasion du centenaire de la mobilisation générale en 1914, nous vous proposons un article sur la SRR pendant la première guerre mondiale

Lorsque, le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation est donné, il concerne la majorité des quelque 60 sociétaires des Régates Rennaises, des lycéens et étudiants en droit, médecine ou agriculture, pour l’essentiel, qui, en mars, ont participé à la revue navale de la Mi-carême (avec un des fils du président de la SRR en Préfet Maritime de Rennes chargé d’accueillir l’Amiral suisse) et à la Régate d’entraînement et, sans doute, aux “courses à la nage et aux canards organisées en juillet “dans le canal de la Prévalaye, en face de l’Usine à gaz”. On n’a que peu d’informations à leur sujet, simplement que dix huit d’entre eux mourront pour la France: Henri Beaudouin, Yves Beaudouin, Charles Bolondo, Marcel Boucher, Brohan, Léon Ferré, Lucien Le Cointe, Méhaulle, Jules Mila, Camille Patay, Prudhomme, Jacques Prudhomme, Jean Rauch, de la Roullière, de Savignon, Pierre Toussaint, René Verry, Robert. Leurs noms figurent dans l’Annuaire de l’aviron.

On sait, en revanche, que le président de la Société des Régates Rennaises, le docteur Patay, réserviste avant-guerre et alors âgé de 47 ans, sert au front dès août 1914, dans l’ambulance n° 2 du 10e Corps d’Armées, avant d’être nommé médecin-chef de la place de Saint-Malo en mars 1917. Son fils cadet René-Marie a devancé l’appel de sa classe et, à 17 ans, a rejoint le 7e Régiment d’Artillerie de Campagne. En 1916, il regagne le front dans une batterie de 75, avant de devenir pilote de l’escadrille Spa 26, groupe Guynemer des “Cigognes”. Il sera blessé en combat aérien en août 1918 et fait prisonnier. L’aîné, Camille, engagé volontaire en 1914, mourra en 1923, à 27 ans, des suites de la grave blessure reçue en 1916. Sur une photo, reproduite dans La Grande Guerre des Bretons (Rennes, PUR, 2013, p. 19), on peut voir le président Patay et son épouse infirmière entre leurs deux fils, René et Camille, tous deux rameurs à la SRR.

Pendant la durée de la guerre, Henry Tréluyer, bijoutier rue de la Monnaie, vice-président depuis 1911, représentant de la SRR au sein de l’Union des Sociétés Nautiques de la Loire et de l’Ouest et seul dirigeant réformé (il a 36 ans en 1914), va s’efforcer, aidé par René Nugue, de maintenir la Société en vie et de conserver le matériel. Lui qui sera, en 1917, le “vrai promoteur de l’idée de piscine à Rennes”, va lancer le water-polo (dans l’eau noire de l’Ille, un seau d’eau tenant lieu de douche!) ainsi que l’athlétisme à la SRR. A partir de 1916, il est également capitaine d’entraînement. Dans ses archives, la famille Patay, outre les nombreuses distinctions et décorations reçues pour faits de guerre, conserve une simple carte postale adressée au Médecin-chef Patay (Ambulance n° 2, Secteur 7), avec leur bon souvenir à leur Président, par Henry Tréluyer et cinq autres rameurs de la SRR, depuis Pont-Réan où ils se sont rendus en randonnée à l’aviron.

Pendant la Grande Guerre, la SRR organisera plusieurs fêtes nautiques au profit des blessés et prisonniers. Le 28 mai 1916, par exemple, elle participera à une grande réunion patriotique de charité au profit des Rennais du front, orphelins ou nécessiteux. Un match à l’aviron en plein cœur de Rennes, dans les quais, avec un départ donné à la gare de Viarmes (au bout de l’actuel quai Dujardin), un virement de bouée au pont de de la Mission et le passage sous la place de la République qui, depuis mars 1913, couvre la Vilaine, mettra aux prises des équipages de Rouen et de Rennes. La course en yole à 4 sera remportée par l’équipage rennais qui n’avait pas “tâté du bout de bois avant la guerre”, de même que celle en 4 outtriger , un bateau composé de Bougeard, Maugeron, Bernard et Ardouin (barreur: Legendre), avec 1m 50 d’avance sur les Rouennais. Les sociétaires des Régates Rennaises participeront également aux épreuves de natation auxquelles prennent part trois nageuses de Paris: dans le 100 m, le 400 m mais pas dans le 1000m où ce sont les nageurs du Club Sportif Rennais qui sont engagés. Les nageurs sont accompagnés d’un bateau suiveur “monté” par un rameur et un observateur. En intermède, les Hospitaliers Sauveteurs Bretons procèdent à quelques “expériences”. Les dons des spectateurs recueillis dans les troncs présentés par des quêteurs seront remis au Comité central des Secours de Guerre sous l’égide duquel la réunion nautique a été organisée. Cette initiative patriotique sera donnée en exemple aux autres sociétés de province par L’Aviron et la Vie sur l’Eau, bulletin de la Fédération Française des Sociétés d’Aviron.

En 1919, le Président Patay reprendra ses responsabilités au sein de la Société, assisté de son fils René-Marie, étudiant en médecine, qui malgré sa blessure à une jambe, va participer activement à la vie de la Société, comme capitaine d’entraînement. Henry Tréluyer, déjà malade (il mourra le 24 octobre 1920), est remplacé au secrétariat de la SRR par son épouse, probablement la première femme à occuper ces fonctions au sein du Comité. Le challenge Henry Tréluyer —un bronze de 80 kilos!— sera régulièrement disputé ( par des rameurs débutants en yole à 4) à partir de 1921.

L’esprit estudiantin semble alors déjà avoir repris ses droits à Rennes, avec ses traditionnels monomes, et, dans son numéro 5, Le Cri des Ecoles peut annoncer, pour le 17 mai (1919) à 21h, « le lancement d’une couverture sur la Vilaine entre le pont Saint-Georges et la Place de la République sous la Présidence du Délégué permanent de l’Union Interalliée des Egoutiers », une référence burlesque à la couverture déjà réalisée et à la toujours mauvaise réputation des eaux de la Vilaine...

En juin 1919, une équipe des Régates Rennaises, “composée de très jeunes éléments”, participe au Championnat de Bretagne de water-polo. Il faudra attendre le 27 Juin 1920 pour que, “après plusieurs années sans fête de l'aviron”, la première régate d’après guerre soit organisée, avec l’amical concours du Cercle Nautique de Dinan, créé en 1912 par un ancien Vice-Président de la SRR, le juge R. Marie. La première Traversée de Rennes à l’aviron (Challenge de La Vie Rennaise) sera disputée à cette occasion (c’est Dinan qui la remporte en 16mn 4s 3/10 ) et c’est le nouveau Vice-Président de la SRR et futur président départemental de l’Union Nationale des Combattants, René-Marie Patay, dit Le Héron (un pseudonyme en rapport avec “(s)on grand nez et (s)on habitude de (s)e tenir sur (s)a bonne jambe » écrit-il), qui en signe le compte rendu dans la Vie Rennaise du 29 juin.

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