A LA CONFLUENCE

Publié le par Société des Régates Rennaises - Aviron

le club en 1910
le club en 1910

Lorsque, quelque temps après sa fondation en 1867, la Société des Régates Rennaises installe son petit garage à bateaux en planches à l’emplacement actuel du Jardin de la Confluence, en contrebas du Pont Saint-Cyr et de la maison d’Octroi, l’île que forment alors les deux bras de l’Ille avec la Vilaine et que traverse la route impériale de Paris à Brest et Lorient, se trouve à l’écart de la ville, au bout de la promenade du Mail que longe encore un pré. Les canotiers d’alors (dont Frédéric Sacher, futur conseiller municipal) ont pu un temps avoir l’illusion de disposer, à l’instar des Parisiens, d’une île de Robinson.

A cette époque c’est un espace déjà dédié aux activités nautiques avec un constructeur de bachots et de péniches, une cale de carénage et des barques de location (15 en 1877 et 9 en 1880) mais aussi les baignades sauvages qui s’y pratiquent « sans le moindre caleçon ». Les activités industrielles et commerciales se trouvent encore cantonnées en amont : sur le bassin de la Prévalaye, où, entre 1871 et 1893, la SRR organisera chaque année des fêtes nautiques ou des régates, avec ses quais achevés en 1868, et ses tas de sable et autres matériaux et l’Abattoir, et sur l’Ille les diverses tanneries et autres mégissiers et corroyeurs ou buanderies, dont celle du Couvent Saint-Cyr. Quelques rares trains à vapeur ont commencé à traverser la Vilaine en direction de Saint-Brieuc et Saint-Malo, mais de l’autre côté de la Vilaine, le Manoir de la Mabilais se trouve encore en pleine campagne. Depuis la Confluence, la navigation est libre jusqu’à l’écluse de la Chapelle-Boby et jusqu’à l’écluse du Moulin-du-Comte, et les canotiers partagent le fleuve avec les nombreux chalands, pour la plupart encore halés par des chevaux. Sous le pont de l’Abattoir, inauguré en 1875, dans un cadre bien différent de celui du tableau de Caillebotte (conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes), on peut admirer un périssoiriste photographié autour de 1900.

A la fin du siècle, le paysage a déjà changé, avec, en particulier, la construction de l’usine à gaz (1884) et son quai pour le déchargement du charbon, les installations de Port-Cahours, et diverses fabriques et usines. Une ligne de tramways passe sur le pont Saint-Cyr pour relier Port-Cahours à Saint-Hélier et le Cimetière de l’Est en passant par le centre… Alors qu’on envisageait la création d’une baignade sur ce qu’on appelle désormais la presqu’île (après le comblement d’une partie du bras Est de l’Ille), un rapport municipal a conclu que l’Ille après avoir longé tant de buanderies et tanneries et “reçu sur son parcours la plus grande partie des matières fécales des quartiers populeux » n’offre pas la qualité d’eau nécessaire, comme d‘ailleurs toute la Vilaine juste en amont de Rennes. Cela n’empêchera pas qu’entre 1914 et 1918 on y pratique le water-polo… A cette époque, le trafic fluvial est encore important puisqu’en 1919, le canal d’Ille et Rance et la Vilaine canalisée sont fréquentées par environ 70 chalands.

Une carte postale de la collection A. Dechelette (n° 229) donne une idée de la Confluence au début du XXe siècle, avec le petit garage de la SRR, de l’autre côté du Pont Saint Cyr l’usine de machines agricoles Grenier et, sur la rive droite, un bateau-lavoir. Des aménagements ont été apportés aux installations de la SRR, avec la création d’un quai d’accostage entre le ponton des Régates Rennaises et l’embouchure de l’Ille où un drapeau de la Société flotte fièrement et où l’on peut admirer, vers 1910, toutes les embarcations alors en usage dans le nautisme fluvial : une périssoire, une yole, un outrigger, un canoë canadien, un canot automobile, un canot à voile. Le garage lui-même (qui bénéficie d’un plancher depuis 1887) sera agrandi avec l’adjonction au Sud d’une demi ferme mais aussi d’une sorte de belvédère d’où les dirigeants peuvent surveiller leur flotille et les rameurs. Après 1922, une clôture à claire-voie permettra d’isoler la presqu’île de la voie publique et un escalier d’accès depuis le pont Saint-Cyr sera aménagé. Au début des années 1930, une petite cabane jouxtant le garage à bateaux sera installée qui tiendra lieu de vestiaire pour la section féminine récemment créée. A cette époque, la SRR ne dispose pas encore de sanitaires : « Les lavabos-salle de bain : c’est la Vilaine qui sommeille à deux pas », observe alors un journaliste.

En 1941, il était prévu que les choses changent avec la construction d’un nouveau garage côté Vilaine dont seule la première pierre sera posée par Jean Borotra, Commissaire Général à l’éducation nationale et aux sports du régime de Vichy (cf. Ouest-Eclair, 13 et 15 juillet 1941); elle est conservée au Musée de Bretagne.

Dans la nuit du 3 au 4 août 1944, les troupes d’occupation feront, avant leur départ, sauter le pont Saint-Cyr, provoquant la destruction du vieux garage en planches de laSRR. Abritée provisoirement dans une soupente de l’usine de machines agricoles Grenier, la Société va renouer le 1er juin 1947 avec l’organisation de Régates sur le Bassin de la Prévalaye et entreprendre la construction au même emplacement d’un nouveau garage en dur (avec vestiaire, douches et sanitaires !) récupéré dans un camp militaire et officiellement inauguré le 2 mai 1954. Derrière le garage de la SRR, à côté du chantier naval, s’est installé un club de canoë-kayak.

Déjà à cette époque, devant la détérioration de la qualité de l’eau (dans les années 1950 on pouvait, par exemple, ramer dans une épaisse couche d’écume provenant des Papeteries de Bretagne installées en 1927), mais aussi les fréquentes inondations, la SRR avait envisagé un transfert de son garage au Cabinet-Vert, en amont du Moulin Saint-Hélier, donc. Le prolongement de la couverture de la Vilaine jusqu’au pont de Bretagne après 1960 et le comblement du canal dit de Baud menant à l’écluse de la Chapelle-Boby au bout du Mail d’Onges entraîneront l’abandon de la Confluence, et le transfert en 1977, du garage et des activités au Centre nautique de la Plaine de Baud, à un moment où les installations industrielles et commerciales en amont de la Confluence et la batellerie commerciale ont pratiquement disparu et que la récupération de la qualité de l’eau de la Vilaine est de plus en plus à l’ordre du jour.

En deux occasions (pour la célébration du centenaire de la loi de 1901 relative au contrat d’association et le 29 septembre 2008, avec l’accueil par les autorités municipales et sportives de la yole patrimoniale « Ville de Rennes » à mi-chemin entre la Manche et l’Océan), les lointains successeurs des canotiers de 1867 ont retrouvé ce lieu historique qui, avec un saule planté dans les années 1950 par Maurice Cognet, conservait jusqu’il y a peu la mémoire de la présence plus que séculaire des Régates Rennaises. En 2013, seul son promontoire maçonné rappelait l’ancienne vocation de la presqu’île. Verra-t-on encore des barques évoluer et des fêtes nautiques organisées devant l’actuel Jardin de la Confluence ?

J.-F. Botrel.

Publié dans histoire

Commenter cet article

Cognet Françoise 20/02/2015 00:14

Merci pour ce bel article