Ramer à la Société des Régates Rennaises en 1934

Publié le par Société des Régates Rennaises - Aviron

4 sur la Vilaine avant guerre
4 sur la Vilaine avant guerre

Dans trois articles publiés dans Ouest-Eclair le 24 avril et les 1er et 4 mai 1934, intégralement reproduits ci-dessous, on trouve exposé l’essentiel sur le matériel employé pour le sport de l’aviron et sa manipulation mais aussi sur le coup d’aviron et le « style » tels qu’ils étaient alors enseignés à la S. R. R. , notamment par le Directeur d’entraînement Nagel.

A analyser et à comparer avec le matériel et le discours sur l’aviron à la SRR, aujourd’hui. JFB

Quelques notes sur le sport de l’aviron.

« Dans quelques jours, la saison d’aviron va battre son plein. Elle débutera pour la région Loire et Ouest par les régates de Rennes qui auront lieu le jeudi 10 mai à 14 heures quai de la Prévalaye. Dans l’avant-programme actuellement soumis à la Fédération, figurent la traversée de Rennes, le challenge Tréluyer, la coupe des écoles de l’Université de Rennes qui se courent en yoles de mer à quatre rameurs, que nous fourniront les engagements des sociétés étrangères à notre ville, nous le saurons dans peu de temps. En tous cas les spectateurs pourront assister à une douzaine d’épreuves en skiffs, yoles et outriggers à 2 et 4 rameurs.

Le public qui voit passer sur la Vilaine les rameurs et rameuses à l’entraînement, admire ce qu’il appelle généralement des « périssoires », ignorant quelles sont les embarcations habituellement employées en course. Expliquons-le en quelques lignes.

Ne disons que quelques mots des bateaux de promenade et de tourisme. Depuis quelques saisons la vogue est au canoë canadien qui se manœuvre à la pagaie simple ou double. S’il est parfait pour les rivières sinueuses, étroites et difficiles où nous l’avons employé souvent, il est un peu lent pour les voyages sur des cours d’eaux importants. Le canoë français manœuvré avec une paire d’avirons, quoi qu’en dise Monsieur le Délégué du Kayak Club de France dans la propagande entreprise par lui, dans ces colonnes, pour le canadien, n’est pas devenu un véritable fossile. S’il est assez rare à Rennes, il en existe de grandes quantités dans la région parisienne. C’est un instrument qui se prête à diverses combinaisons (un rameur seul, un rameur avec barreur, ou deux rameurs sans barreur) et permet de faire sans fatigue une randonnée de plus de 80 kilomètres dans la journée. Mais n’entreprenons pas ici une controverse sur ces deux genres de bateaux absolument différents comme construction et comme usage.

Nous parlons de l’aviron de course : voyons donc quel est le matériel employé.

L’aviron se pratique en couple ou en pointe. Dans la couple, chaque rameur manie deux avirons ; en pointe, il n’en a qu’un seul. Les bateaux de couple les plus employés, en dehors du canoë, sont le skiff (un rameur) et le double scull (deux rameurs), le quatre et le huit de couple, mais seul le skiff figure assez souvent dans les épreuves en France.

Les embarcations de pointe comprennent : 1° Les yoles de mer à deux, à quatre et à huit rameurs. Ce sont des bateaux pontés ou non, à clins et à plats bords continus sur lesquels prennent directement appui les avirons au moyen de dames ou systèmes. Avec pontage, elles peuvent tenir la mer, servant pour toutes les épreuves en mer, de bateaux-écoles pour les débutants en rivière et même pour les régates de débutants en raison de la difficulté de former de bonnes équipes d’outriggers.

2° Les outriggers à 2, à 4 et à 8 rameurs. L’outtriger (sic) ainsi nommé ,des mots anglais « out » (en dehors) et « rigger » (grée), est construit à francs-bords et muni de portants métalliques à l’extrémité desquels sont fixés les systèmes sur lesquels s’appuient les avirons.

Un outrigger à 4 rameurs mesure 12 à 13 mètres de long, sur 0m. 50 de large et pèse de 40 à 50 kilos. Un outrigger à 8 mesure de 17 à 19 mètres et pèse environ 80 kilos.

Les avirons sont creux et composés de deux parties évidées intérieurement et collées dans le sens de la longueur ; ils sont ainsi très résistants et cependant légers.

Tous ces bateaux sont munis de bancs à coulisses. Le rameur en se redressant et en revenant sur l’avant, fléchit les jambes, entraîne sous lui le siège mobile. Il fait ainsi plus d’avant avec ses mains : son aviron va prendre l’eau beaucoup plus loin en arrière et le coup est beaucoup plus long.

Il faut au rameur pour effectuer ce mouvement, un point d’appui. Aussi ses pieds sont-ils fixés par des courroies sur une barre de pieds munies de talonnettes de métal : le tout est réglable suivant la taille de chaque rameur.

Voici quelques notions nécessaires à ceux qui ignorent tout du sport de l’aviron pour leur permettre de suivre avec plus d’intérêt les efforts des rameurs à l‘entraînement ou en régates » (Ouest-Eclair, 21 avril 1934).

« En vue des régates prochaines, nous avons expliqué dans une précédente note parue dans notre numéro du 21 avril, quel était le matériel employé pour le sport de l’aviron, ce qu’étaient nage en couple et en pointe, yoles de mer et outriggers, leur légèreté de construction, leur complexité avec leurs bancs à coulisse, leurs barres de pieds réglables, leurs coupures en trois parties pour le transport par voie ferrée.

Aussi ces embarcations ont-elles un triple inconvénient :

1° Leur prix exagéré. Chacune coûte plusieurs mille francs car elles nécessitent l’emploi de bois coûteux, un outillage et des ouvriers tout à fait spécialisés. Seules 3 ou 4 maisons en France construisent convenablement ces bateaux de course.

2° Leur fragilité. Le moindre choc contre une épave, une maladresse lors de la mise à l’eau ou d’un accostage, cause inévitablement une fente dans le bordé.

3° Leur encombrement. Un outrigger à 8 rameurs de 19 mètres de long n’est pas facile à loger et le problème du transport pour les régates à l’extérieur n’est pas simple à résoudre. Le transport du matériel par chemin de fer est devenu presque impossible en t-raison des tarifs prohibitifs actuels. Certaines sociétés plus fortunées que la S. R. R. ont acheté des cars automobiles pour les rameurs avec remorques pour les embarcations. Notre Société vient de faire construire une remorque qui servira dès la saison prochaine pour les déplacements à Dinan, Laval ou Nantes. Elle devra avoir recours pour le remorquage au dévouement de son vice-président M. Perret.

Le rowing nécessite donc un garage et un matériel coûteux : or, les sociétés nautiques en général et la S.R.R. en particulier, ne sont pas riches. Elles ne touchent pas de subvention, ou celles-ci sont dérisoires. Elles n’ont pas la possibilité de faire des recettes lors de leurs manifestations sportives. Elles ne vivent que des cotisations des membres actifs et des membres honoraires. Or les membres actifs de la S. R. R. sont pour la plupart des étudiants qui n’ont pas toujours leur escarcelle bien garnie. L’on ne peut donc songer à augmenter des cotisations qui doivent rester modestes. Quant aux membres honoraires, ils se font rares para ce temps de crise.

Avis donc au mécène inconnu —nous n’osons employer le pluriel— qui se sentirait disposé à soulager son portefeuille de quelques billets en faveur du meilleur et du plus sain des sports !

Mais ne faisons pas de rêves; voyons la situation telle qu’elle est et tâchons de nous tirer d’affaire avec les éléments dont nous disposons. La S. R. R. possède dans son garage de Saint-Cyr 3 yoles de mer à 4 rameurs, 1 yole à 2 rameurs, 2 outriggers à 4 rameurs, 1 double-scull. Mais une partie de ce matériel déjà important, est ancienne. Chaque sortie, et il y en a de nombreuses puisque la Société entraîne en ce moment 12 équipes à 4 rameurs, occasionne des avaries aux bateaux.

L’on ne peut songer ni à acheter du matériel neuf, ni à avoir un gardien capable d’entretenir et de réparer les embarcations. Aussi constamment une partie de celles-ci est-elle indisponible. Si nous ne pouvons trouver parmi les rameurs ceux susceptibles de nous aider à faire les réparations nécessaires, nous nous adressons à tous pour leur demander de prendre un peu plus de précautions lorsqu’ils sortent ou rentrent les embarcations ou lorsqu’ils rament. Car tout ce mal provient d’un manque de soins et d’une mauvaise utilisation du matériel.

Voici à ce sujet quelques conseils qui s’adressent aussi bien aux équipiers actuels de la S. R. R. qu’à ceux qui seraient disposés à en faire partie cette saison..

Au départ les bateaux doivent être mis à l’eau et l’embarquement doit avoir lieu posément, sans cris et sans bousculade. Les cuirs d’aviron doivent être légèrement graissées (sic) à chaque sortie ; les glissières au contraire ne doivent jamais l’être.

Au retour l’accostage doit se faire doucement parallèlement au ponton et non en biais. Le barreur doit veiller à ce que les systèmes ne viennent pas accrocher brutalement celui-ci. Les bateaux doivent être retournés sur les tréteaux et posés à l’endroit des coupures ; ils doivent être lavés et brossés sur la claire-voie avant d’être rentrés.

En cours d’entraînement, les rameurs ne doivent pas changer de place. On ne doit jamais se tenir de bout (sic) même dans une yole de mer. Les équipes ne doivent accoster en cours de route, sauf en cas de nécessité. Il est interdit de sortir du bief et de faire des portages sans autorisation.

Rameurs et barreurs doivent toujours veiller à ne jamais poser leurs pieds sur le bordé : cette maladresse est une des causes les plus fréquentes.

Nous verrons prochainement comment l’on doit ramer. Disons cependant dès aujourd’hui que si les barres de pied sont si souvent arrachées, cela provient de ce que beaucoup de rameurs ne décomposent pas le retour sur la coulisse en retour rapide des bras et retour lent du corps et reviennent d’un seul bloc et en vitesse tirant sur la barre alors que l’effort principal doit se faire en poussant sur celle-ci lors de l’attaque.

« Soyez bons pour les bateaux », tel est le mot d’ordre que devraient respecter nos rameurs rennais » (Ouest-Eclair, 1er mai 1934)

« Dans quelques jours, le 10 mai, les équipes de la S. R. R. se trouveront aux prises avec celles de Dinan, Laval et Nantes. Malgré le mauvais temps persistant, elles poursuivent leur entraînement. L’art de ramer ne s’acquiert pas en quelques séances. Ceux qui passeront premiers la ligne d’arrivée seront toujours ceux qui auront travaillé depuis des mois, même l’hiver, le « style » qui donne le maximum de résultats pour le minimum d’efforts. Un rameur de qualité physique exceptionnelle ne réussira jamais s’il n’a pas de style, s’il a des gestes saccadés et inutiles. Tout le travail du rameur doit être fourni en souplesse et on ne répètera jamais assez aux débutants qu’ils doivent avant tout acquérir cette qualité et ne pas chercher dès leurs premiers essais à tirer avec excès sur le bout de bois.

Disons donc en quelques mots, aussi bien pour le rameur débutant que pour le spectateur qui le suit dans son travail, ce qu’est le coup d’aviron et comment il s’exécute convenablement.

Le coup d’aviron se divise en deux parties bien distinctes. Dans la première, le coup proprement dit, l’aviron est actif, la pelle effectuant son parcours dans l’eau. Dans la deuxième, le retour, l’aviron n’agit plus comme propulseur : la pelle effectue en sens inverse mais dans l’air son parcours, pour revenir dans la position qu’elle avait au premier temps.

Chacune de ses parties se décompose elle-même en plusieurs mouvements.

Le coup proprement dit en comporte trois :

1° L’attaque, qui se produit au moment où la pelle prend un point d’appui sur l’eau ;

2° La passée dans l’eau ;

3° Le dégagé, c’est-à-dire la sortie de la pelle de l’eau lorsqu’elle a fini son action.

Le retour doit se décomposer en deux parties et c’est là la plus grande difficulté pour les néophytes.

1° Le renvoi des mains qui doit être très rapide.

2° Le retour du corps sur la coulisse qui, assez rapide au début, doit être lent vers la fin.

Voyons comment s’opèrent ces 5 mouvements :

L’attaque. Le début doit être droit, légèrement penché en avant, les bras allongés, les épaules en arrière, les genoux écartés. Le rameur jette le buste en arrière très rapidement La détente doit être vive pour saisir aussi brusquement que possible l’eau qui est in point d’appui mobile. La pelle doit être perpendiculaire à l’eau, afin d’éviter l’attaque en sifflet qui provoque des embardées.

Eviter de faire trop d’avant, de rentrer la tête dans les épaules, de plier ou de contracter les poignets, de partir d’abord du banc à coulisse.

La passée dans l’eau. C’est la continuation de l’attaque avec détente des jambes et renversement des épaules en arrière. Après l’attaque, le reste du coup s’exécute sans que le rameur continue à appuyer sur l’aviron qui reste enfoncé dans l’eau de la largeur de sa pelle. La passée doit être aussi brève que possible. Les bras doivent rester tendus, les poignets dans leur prolongement. A mesure que les mains se rapprochent de la poitrine, les poignets se plient à angle droit avec l’avant-bras, obligeant l’aviron à rester perpendiculaire jusqu’à la fin.

Eviter surtout de tirer à la fin du coup, de « souquer », défaut fréquent chez ceux qui ont ramé en mer.

Le dégagé. La passée étant terminée para l’inclinaison du buste en arrière, il suffit de baisser d’un coup rapide et net les poignets pour que l’aviron se dégage presque automatiquement.

Eviter de soulever des paquets d’eau, d’écarter les coudes du corps, de se courber en deux et aussi d’exagérer l’inclinaison en arrière.

Le renvoi des mains. On fait, en renversant à nouveau les poignets à angle droit avec l’avant-bras, revenir à l’horizontale la pelle sortie de l’eau pour qu’elle oppose moins de résistance à l’air. En même temps on renvoie les mains en avant d’un geste brusque comme pour un coup de poing.

Eviter de plumer, c’est-à-dire de frôler l’eau avec le plat de la pelle pendant le retour.

Le retour sur l’avant. Une flexion rapide des jambes en même temps que le renvoi des mains permet le redressement progressif du buste. Il doit s’effectuer assez rapidement au début, puis avec lenteur ; être souple et sans à-coup. S’il est brutal, il arrête le bateau et est funeste aux barres de pied.

En résumé, il faut retenir avant tout que tout le travail est exécuté par les reins, les épaules et les jambes, qu’on ne doit jamais tirer avec les bras ni à la fin du coup ; qu’on doit attaquer des épaules avec force et vitesse ; dégager nettement ; renvoyer les mains en avant avec vivacité et ramener lentement le corps sur l’avant.

Le coup d’aviron semble très compliqué quand on le décompose ainsi pour l’expliquer. Il paraît, au contraire, très simple quand on voit ramer une bonne équipe. Il ne s’acquiert qu’avec de l’aisance et de la persévérance. Souhaitons que les rameurs de la S. R. R. n’oublient pas les conseils de leurs anciens lors des prochaines épreuves » (Ouest-Eclair, 4 mai 1934).

Ramer à la Société des Régates Rennaises en 1934

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Yvon Merle 26/08/2015 18:15

Il faut aussi savoir que Ouest éclair ( cité dans cet article ) a été interdit à la libération pour collaboration. Son directeur et plusieurs journalistes ont été condamnés à 10 ans d'indignité nationale et 2 ans de prison par la cour de justice de Rennes.