Le canoë français « La Cigogne » a retrouvé son nid à la SRR

Publié le par Société des Régates Rennaises - Aviron

« La Cigogne », un canoë français construit il y a plus d'un siècle à Livourne par Scotto & S, et acheté d'occasion en 1923 par René Patay (1898-1995), est venue se poser à l'atelier de la SRR pour panser ses blessures et se refaire une beauté avec l'aide de Louis Bourdais, Jean-Francois Botrel et Max Patay et les conseils de Roland Nugue.

C'est qu'elle en a vécu des événements depuis son achat par Le Héron sur une petite annonce publiée par la Società Canottieri Esperia de Turin, fondée en 1880, soit 13 ans après la SRR !

Le Héron était le nom de rameur pris par René Patay à l'issue de la guerre de 14-18 car, grand et mince, il s'appuyait sur une seule jambe, la gauche étant paralysée du fait d'une blessure de guerre en combat aérien face à un As de la chasse allemande (cf. http://www.regatesrennaises.fr/2014/08/la-societe-des-regates-rennaises-dans-la-guerre.html).

Le nom de Cigogne donnée à son canoë rappelait que l'insigne de son escadrille SPA 26 (pour Spad, l’avion biplan de Guynemer) était une cigogne aux ailes allongées.

A une époque où la voiture n'était pas encore un moyen de transport répandu, c'est par le train que les bateaux voyageaient, aussi bien pour de longues distances, que pour aller à des régates, à Angers ou Nantes par exemple. Epoque bénie où le chemin de fer savait s'adapter à tout objet et à toute destination.

C'est ainsi que « La Cigogne », après avoir traversé les Alpes pour arriver à Rennes sur son bassin d'élection (La Seiche et la Vilaine), rejoindra Nogent sur Marne et l'ENCOU (Société pour l'Encouragement du Sport Nautique fondée en 1879) où Le Héron s'est inscrit, car il a rejoint l'Institut Pasteur.

C'est à Paris, entre des entraînements sur la Marne, que germe l'idée chez René Patay qui avait déjà, en août 1924, fait l’aller retour Rennes-Dinard (et même Saint-Briac) par le canal d’Ille et Rance, d'un retour sur Rennes par voie d'eau avec un co-équipier (n'ayant jamais fait d'aviron!) collègue de l'Institut Pasteur...et futur Prix Nobel de Médecine en 1966.

Et c'est une équipée de 728 km que Le Héron (grand blessé de guerre!) et André Lwoff (1902-1994), se relayant à l’aviron et à la barre, vont accomplir, en juin 1925, sur la Cigogne, en 14 jours, partant de l'île aux Loups sur la Marne, remontant la Seine jusqu'au-dessus de Melun pour rejoindre le Loing, son canal parallèle, le canal d'Orléans (en abandonnant le canal de Briare qui les aurait mené trop en amont, à Gien), jusqu'à la Loire un peu en amont d'Orléans. C'est ensuite la descente acrobatique de la Loire, entre bancs de sables et courants, jusqu'à Nantes, l'Erdre, le canal de Nantes à Brest jusqu'à Redon, puis remontée de la Vilaine.

Tout ceci avec un minimum de bagages, un petit chariot pour les nombreux portages car à l'époque les éclusiers donnent la priorité aux péniches, avec des escales déjeuner et du soir à la fortune du pot mais toujours sympathiques : tables et chambres d'hôte avant l'heure !

A cette époque, les éclusiers de l'époque n'avaient pas l'habitude de faire passer d'aussi petites embarcations, même munies du précieux sésame (l'autorisation signée de l'ingénieur chargé des voies d'eaux). A titre d'exemple un éclusier du canal de Nantes à Brest sorti de sa maisonnette au son de corne (de chasse!)... y retourne ne voyant rien...il fallut trois appels successifs...pour qu'il se décide à se pencher...pour apercevoir enfin le minuscule canoë. Une peu plus tard à Messac, l'éclusier ne peut s'empêcher de poser la question « Mais d'où est-ce que vous venez comme celà » et à la réponse « de Paris »......après une intense réflexion.... »Ben dites donc....vous avez dû partir tôt ce matin ! ».

De retour à Rennes, La Cigogne est basée à la SRR car le Héron en est devenu l'entraîneur, puis vice-Président, jusqu'à une crue mémorable de la Vilaine qui l'oblige à faire des efforts intenses pour récupérer le ponton partir à la dérive...ce qui réactive sa blessure de guerre avec septicémie (avant la pénicilline).

Pour la Cigogne les années qui suivent sont faites d'une navigation paisible à partir du manoir familial sur la Seiche (déjà bien encombrée par les arbres tombés, d'où la nécessité de la pagaie double dans les passages difficiles) pour rejoindre le bief Le Boël-Pont Réan, où elle croise de nombreuses péniches et...plus étonnant... les baleinières grises du Centre de Formation Maritime replié à La Massaye après la guerre (1944-1959, jusqu'à la création du CFM Hourtin: les anciens se souviennent avec émotion des « Pompons rouges » qui envahissaient la ville de Rennes lors des permissions de fin de semaine...et lors des défilés du 11 novembre et du 14 juillet.

C'était aussi, grâce au développement de la voiture, des mises sur le toit, pour des mises à l'eau dans des portions plus lointaines de la Vilaine, de la Rance, de l'Erdre. Et cela ne posait aucun problème de poser un canoë de presque 7m, pesant à peine 50 kg. sur la galerie en mettant simplement un chiffon rouge sur la pointe arrière ... qui dépassait 1 à 2 mètres l'arrière de la voiture : Citroën B12, Panhard « Panoramique », Citroën 11, DS 19, CX.....

La réalisation du barrage d'Arzal (1970) et le magnifique plan d'eau qui en résulte, de La Roche Bernard jusqu'à Corbinière en passant par Le Foleux et Redon, offrit alors de belles occasions de sortie de plusieurs jours.

Mais le summum furent les navigations en mer, la longue carène dont l'étroitesse était compensée par le avirons, le plat bord assez haut avec des hiloires efficaces, faisaient de la Cigogne un bateau marin. C'est ainsi qu'elle a pu naviguer le long la côte nord de la Bretagne et passer des étés entiers à Noirmoutier. Le seul risque était, lorsqu'elle était retournée sur le sable de la plage des Dames, que des touristes du dimanche ne s'assoient dessus …

Et, bien sûr, il y eu tout ces retours à la SRR !

Les plus mémorables sont ces expériences réalisées, dans la suite du Pr Lefeuvre sur le coup d’aviron (cf. http://www.regatesrennaises.fr/2014/11/les-regates-rennaises-la-technique-de-l-aviron-et-la-construction-nautique.html), avec des études de la respiration et de l'électrocardiogramme dans le sport de l'aviron.... Les rameurs les plus anciens des Régates se souviennent encore avoir vu le Docteur Patay au Pont Saint-Cyr se défaire de son pilon et embarquer sur « La Cigogne » équipée d’un enregistreur et d’avirons avec des capsules de Marey, pour, un masque respiratoire sur le visage, mesurer les effets du coup d’aviron sur son organisme.

La retraite de La Cigogne a sonné en 1986 du fait de l'âge du Héron (88 ans) et du transfert des intérêts nautiques de sa descendance sur la voile.

Mais ce n'est qu'une pause dans la longue carrière de « La Cigogne » : une fois réparées ses plaies et avec un vernis tout neuf, 2017, année du 150e anniversaire des Régates Rennaises, devrait voir une nouvelle envolée de « La Cigogne » qu’on pourra admirer à l’occasion de l’exposition sur l’histoire de la SRR au Carré Lulli de l’Opéra et du défilé historique dans la Traversée de Rennes.

 

Max Patay

insigne de l'escadrille SPA 26

insigne de l'escadrille SPA 26

cigogne sur l'eau

cigogne sur l'eau

un canoë du même type que cigogne de nos jours

un canoë du même type que cigogne de nos jours

Publié dans histoire

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Yvon Merle 10/10/2015 21:20

Les gens s'arrêtaient devant la beauté du canoë...le photographe officiel des mariés était ravi.